PASCALE CARTILLON : « L’EKIDEN apporte un esprit collectif à la course à pied » écrit par Sportagora 16 juillet 2019

Dans un monde de la course à pied toujours en pleine expansion, l’Ekiden commence à se faire sa place auprès des amateurs au même titre que d’autres courses en relais qui attirent les coureurs par les dimensions de collectif et de convivialité que ces compétitions apportent. Aux origines, le terme Ekiden vient du Japon où l’écriture de ce mot signifie « étape » et « transmettre ». Il désignait le système postal de ce pays : les messagers se relayant pour acheminer le courrier. Nous avons sollicité Pascale Cartillon, la coureuse des « Aigles de Pau » qui a participé aux derniers championnats de France disputés à Auxerre dans une équipe d’« Aiglettes ».

Pascale, peux-tu nous expliquer les spécificités de ce type d’épreuve ?

Un Ekiden c’est la distance mythique d’un Marathon qui est partagée en six relais. 5 km, 10 km, 5 km, 10 km, 5 km et pour terminer 7,195 m. Ce découpage est tout à fait codifié et stabilisé. La Fédération Française d’Athlétisme coordonne ces courses et donc organise des championnats de France destinés à des équipes masculines, féminines ou mixtes.

Depuis combien de temps fréquentes-tu ce type de compétition ?

En 2014, j’ai été attirée par une annonce qui présentait un Ekiden à Cazaux. J’y ai vu tout l’intérêt que cela pourrait apporter pour donner une dimension de collectif à un sport individuel comme la course à pied. J’ai finalement réussi à convaincre des collègues de club à venir courir cette compétition par équipe. Nous avons gagné cette course qui était en fait les championnats d’Aquitaine, mais nous n’avions pas été déclarées vainqueurs parce que nous n’avions pas toutes une licence compétition.

L’année suivante, nous sommes revenues avec la ferme intention de l’emporter avec une « grosse » équipe qui alignait notamment des coureuses du calibre de Cindy Bregnias et Sylvie Berriex. Nous avions aussi aligné une équipe de garçons.

Je crois que c’était un peu novateur pour l’époque. Depuis, il y a eu une appétence pour ce type d’épreuve. Et quand il s’est agi d’organiser une compétition, nous nous sommes orientés vers l’Ekiden.

Et ces derniers championnats de France ?

Quand je regarde la composition de notre équipe, au-delà du collectif, ce qui est marquant, c’est le côté intergénérationnel : cela va de la V2, une cadette, deux séniors, deux V1. Nous réalisons une place un peu décevante avec des performances individuelles un peu en deçà de nos espérances … Il n’en reste pas moins que l’expérience est belle, mérite d’être vécue et renouvelée ! Le parcours Auxerrois était plus vallonné que ce à quoi nous nous attendions.

Mais en ce qui me concerne, le souvenir le plus marquant, ce sont les championnats de France de l’année dernière, début novembre à Paris. Je crois que j’ai rarement été aussi été émue sur une compétition : je suis la première relayeuse, nous sommes au départ sous la Tour Eiffel, il y a peut-être 1000 équipes au départ ! C’est phénoménal ! J’en ai la chair de poule rien que d’en parler !

Comment se qualifie-t-on pour des championnats de France ?

Les équipes sont qualifiées quand les 6 coureurs sont du même club, licenciés en compétition. Des minimas sont à réaliser sur des compétions qualificatives. Ils sont exigeants. Par exemple, notre Ekiden à Gelos est qualificatif pour les championnats de France. Ce qui nous donne un très bon niveau de course avec des équipes qui viennent de loin pour réaliser ces temps. L’an dernier une très bonne équipe est venue de Perpignan, deux autres de Toulouse. Nous espérons que cette compétition va gagner en notoriété grâce à cela aussi.

Tu évoques un engouement pour l’Ekiden…

Lors des championnats disputés à Paris, l’émotion sous la Tour Eiffel était due au cadre, bien entendu mais aussi au fait que tu es littéralement portée, par l’équipe, par les spectateurs. L’organisation de la course fait que le tracé est en boucle et que dès que tu as terminé tu peux aller encourager tes partenaires. C’est là que l’esprit collectif se construit. C’est ce que j’aime ! Le public suit. A Paris, c’était énorme. Tu as les suiveurs, les familles, les enfants, la foule sur les boulevards… Tu es littéralement portée !

A Auxerre, il y avait moins de coureurs qu’à Paris mais avec un super niveau. Tu vois des athlètes de très haut niveau national qui courent avec cet esprit collectif dans leur club. C’est vraiment sympa et un peu unique.

Tu t’investis beaucoup dans la notion d’équipe…

L’équipe, tu la construis dès la préparation qui est collective. Tu es dans l’entraide, on s’encourage, on se donne des conseils. Ainsi, tu crées une émulation mais qui est bénéfique pour tous. Il y a une hiérarchie qui se construit, mais tout le monde est porté par le collectif.

Petit à petit, la composition du relais s’élabore selon les qualités spécifiques des différentes coureuses. Et puis, chacune apporte sa touche, sa personnalité, son vécu. La petite jeune nous apporte sa fraîcheur, de mon côté, je pourrai être sa maman… Au niveau des relais, je me suis un peu imposée comme première relayeuse : j’adore aller encourager mes coéquipières ! Les déplacements sont aussi des occasions pour se retrouver dans des contextes un peu inhabituels … nous avons des discussions très sympas.

Vous retrouvez un esprit club grâce à l’Ekiden !

Nous pourrions même former deux équipes, mais il faut parvenir à motiver les troupes ! Tu as des meneuses, qui entraînent les autres filles. Nous avons aussi eu la chance d’avoir avec nous le coach Polo et Marius le président. Leur présence est importante. Il faut souder le groupe, penser à tous les détails, l’organisation. C’est aussi un encadrement qui accorde une importance à la compétition, ils nous fédèrent. On se motive avant la course, on élabore des objectifs. Tu regardes sur le site de la fédération les performances des coureuses des autres équipes qualifiées, tu élabores des stratégies … tu te vois sur le podium !

L’Ekiden peut aider à fédérer un club, donner une cohésion entre des coureurs qui ont plutôt l’habitude d’être en concurrence sur les autres compétitions, même si nous sommes amis. Ce n’est pas forcément l’élite du club qui est visée, même si ces compétitions permettent de se frotter à de très bons athlètes nationaux.

Au niveau du club des Aigles de Pau, vous avez choisi d’organiser un Ekiden sur la commune de Gelos qui commence à être une course reconnue par les participants.

Ce type de course peut attirer par sa convivialité, l’intergénérationnel, l’unité de lieu. Notre objectif, c’est donner envie de participer à des équipes de copains, de voisins, d’entreprise et de clubs, bien évidemment. Les distances sont abordables avec un minimum d’entraînement. Nous sommes loin des marathons, des ultra-trails.

L’accessibilité des différents endroits du parcours est visée pour favoriser la proximité avec le public. Les parcours sont en boucles ou en huit. Il est aisé de voir passer tous les relayeurs qui peuvent même s’encourager entre partenaires. Cette unité des lieux pourrait même être propice à attirer des sponsors.

Sur notre Ekiden, à Gelos nous réunissons 210 équipes. C’est un succès, mais nous devons travailler l’accessibilité du site, les zones de passage de relais et leur configuration qui peuvent constituer une limite.

Mais nous ferons tout pour que cela reste une compétition festive … tout en gardant une concurrence relevée entre des équipes qui viennent se bagarrer pour la gagne et une place pour celles qui viennent prendre plaisir dans cette course par équipe qui fait une part belle aux coureuses !

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